C’est un revers pour la coalition de Benyamin Netanyahu, explique notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul. La Cour suprême israélienne a opposé, vendredi 2 octobre, une fin de non-recevoir aux tentatives de disqualification portées par la commission électorale, dominée par la droite et l’extrême droite.
La Liste arabe unifiée et la Liste commune avaient été disqualifiées, mais la plus haute instance du pays a annulé cette décision. Elle a également autorisé le député sortant Ofer Cassif, élu juif sur une liste à majorité arabe, à se représenter ; bien que ses prises de position scandalisent une partie de l’hémicycle, le député communiste pourra concourir le 27 octobre.
« Nous sommes confrontés à des exclusions à chaque élection depuis plusieurs décennies »
Par contre, Sami Abu Shehadeh, chef de file du parti Balad, s’est retiré de la course. Le rejet de sa candidature avait été voté par la totalité des partis juifs israéliens. Ils lui reprochent un article publié au lendemain du 7-Octobre et dans lequel ses détracteurs assurent qu’il soutenait la lutte armée contre Israël et niait le caractère juif et démocratique du pays. Une lecture dénoncée par Adalah, l’organisation qui l’a défendu, soulignant à l’inverse son plaidoyer pour une solution négociée au conflit israélo-palestinien.
Mais pour la directrice juridique d’Adalah, Souhad Bichara, un seul article ne devrait en aucun cas conduire à une disqualification. « Ce serait la première fois que la Cour suprême déclarerait inéligible un candidat sur la base d’un seul article ; en effet, le cadre juridique et l’interprétation de la loi prévoient généralement qu’il faille disposer d’un ensemble de preuves, démontrant qu’il s’agit bien de l’idéologie du candidat ou du parti, de sa manière d’agir sur le plan politique, etc. », explique-t-elle à Guilhem Delteil pour RFI.
Selon Souhad Bichara, la Cour suprême a signifié à Sami Abu Shehadeh qu’elle était encline à valider sa disqualification. Une première qui aurait crée un précédent inquiétant, juge-t-elle : « Si une décision de justice est rendue, elle fera jurisprudence. Elle ne concerne pas uniquement Sami Abu Shehadeh. Elle aura des répercussions sur le cadre normatif à l’aune duquel sont examinées, ou seront examinées à l’avenir, les exclusions de la liste électorale. Or, nous sommes confrontés à des exclusions à chaque élection depuis plusieurs décennies. Et il semble que cela va continuer ainsi. »
Pour justifier ce retrait, Balad a évoqué une « responsabilité politique » face aux « conséquences sérieuses » qu’un jugement de la Cour suprême aurait pu avoir.