Le chef du gouvernement avait annoncé dans la journée qu’« une ligne rouge avait été franchie » par des groupes violents, tout en proposant un « dialogue ». Mais pas question pour lui de céder.
À Tirana, capitale albanaise, les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre se sont poursuivis lundi 19 octobre. Pierres, cocktails Molotov et engins pyrotechniques ont fait face aux canons à eau, gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc de la police albanaise. Dans les rues du centre-ville, les manifestants ont renversé des poubelles incendiées pour ralentir l’avancée des forces de l’ordre, qui ont procédé à de nouvelles interpellations. Quelques heures plus tôt, des affrontements ont eu lieu devant le ministère de l’Éducation, un des points de rassemblement des manifestants.
Depuis une semaine, la violence augmente à Tirana. Au centre des revendications : la volonté de réformer un système, empêtré dans la corruption. « Les principales demandes sont la démission du Premier ministre, la constitution d’un gouvernement provisoire qui ne serait pas représenté par les deux grands partis qui dictent la vie politique albanaise depuis la fin de la chute de la dictature : le Parti démocratique et le Parti socialiste. Et qui préparerait une vraie réforme électorale, pour qu’on n’ait plus d’élections pipées et dictées par le clientélisme », explique Sébastien Gricourt, codirecteur de l’Observatoire des Balkans, à Benoît Gross du service international de RFI.
« Il veut rester au pouvoir parce qu’il reste persuadé que l’Albanie va rentrer dans l’Union européenne d’ici à 2030 »
Mais cet espoir est bloqué par le Premier ministre Edi Rama, qui s’accroche au pouvoir : « Il veut rester au pouvoir parce qu’il reste persuadé que l’Albanie va rentrer dans l’Union européenne d’ici à 2030. Et qu’il peut être celui qui va rentrer dans l’Histoire. Or il est clair que ce qui ressort par cette crise, c’est qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire en Albanie. »
Et selon lui, tant que l’Union européenne ne fait pas pression sur le gouvernement, difficile d’en attendre des changements.
Edi Rama, qui avait déjà accusé à plusieurs reprises des « forces étrangères » d’être derrière les troubles, a affirmé que les manifestants violents étaient « exploités » par le mouvement Antifa et des services de renseignement étrangers, notamment en ligne, évoquant la Russie et l’Iran. Il avait déjà dénoncé, vendredi 16 octobre, des « mains étrangères » qui visent, selon lui, à entraver le projet d’adhésion de l’Albanie à l’Union européenne.
Cette escalade intervient après des mois de manifestations antigouvernementales dans ce pays des Balkans, initialement déclenchées par un projet de complexe touristique controversé sur le littoral lié à la famille du président américain Donald Trump.