« Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs », a insisté le ministre de la Justice lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion avec les procureurs généraux pour leur demander de « reprendre l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000.
Le garde des Sceaux a expliqué avoir commandé un état des lieux « tribunal par tribunal, commune par commune de toutes ces plaintes », avant de recevoir « les procureurs généraux individuellement » et de faire alors « le point ».
Sous la pression du scandale lié au possible meurtre de Lyhanna, une enfant de 11 ans, par Jérôme Barella, un homme faisant l’objet de plusieurs plaintes pour viols, Gérald Darmanin a répété vouloir des sanctions pour des « défaillances extrêmement graves » et rejeté toute démission face aux accusations « d’abandon » de la part de magistrats.
Les magistrats dénoncent « l’hypocrisie » du garde des Sceaux
En Seine-Saint-Denis, les magistrats du tribunal de Bobigny, deuxième plus grosse juridiction de France, ont dénoncé lundi après-midi « l’hypocrisie » du garde des Sceaux sur la priorisation des contentieux liés aux violences faites aux enfants et « l’aveuglement » des pouvoirs publics face à un « abandon des acteurs de la protection de l’enfance ».
Ludovic Friat, président de l’Union syndicale des magistrats, a envoyé ce lundi matin une lettre au ministre avec deux reproches.
Depuis la découverte jeudi du corps de la fillette de 11 ans et les révélations sur des plaintes pour viols sur mineures – certaines procédures ayant ensuite été classées – dont le suspect a fait l’objet, Gerald Darmanin occupe le terrain médiatique, s’étant d’abord dit « terrifié », puis pointant le lendemain sur X « les dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l’État ».
Lundi, il a répété que des sanctions seraient prises après des « défaillances extrêmement graves ». Une inspection – justice, gendarmerie et Éducation nationale – doit rendre ses conclusions sous 15 jours. À noter par ailleurs, Gérald Darmanin et son collègue de l’Intérieur, Laurent Nuñez, seront eux auditionnés par la commission des Lois de la chambre haute dès mardi 9 juin.
Des milliers de manifestants en colère interpellent la justice
Quelques milliers de manifestants se sont rassemblés ce lundi soir dans des dizaines de villes de France et devant la Chancellerie à Paris, mettant en cause la justice dans l’affaire Lyhanna et le traitement des violences sexuelles. De nombreuses associations féministes et enfantistes, parmi lesquelles NousToutes, la Fondation des femmes, Face à l’inceste, le Collectif féministe contre le viol, avaient appelé à des rassemblements en début de soirée devant les tribunaux de plus de 160 villes de France.
« Rendez-nous la justice », « pour les victimes, la peine est imprescriptible », « quand un enfant appelle à l’aide, chaque silence est une violence supplémentaire », pouvait-on lire sur les pancartes à Paris, où les manifestants étaient les plus nombreux. Malgré l’interdiction de la manifestation place Vendôme, où se situe le ministère de la Justice, le rassemblement a été rejoint par les actrices Anna Mouglalis et Judith Godrèche, la fille de Richard Berry, Coline Berry, ou encore le militant Arnaud Gallais.
Plusieurs centaines de manifestants – des femmes pour la plupart –, dont beaucoup « en colère », étaient rassemblés aux cris de « Darmanin démission » et « Justice pour les enfants » sous les fenêtres de la chancellerie, protégée par plusieurs dizaines de membres des forces de l’ordre.
Une proposition de loi intégrale à l’agenda du Parlement
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a pour sa part demandé l’inscription à l’agenda du Parlement de la proposition de loi « intégrale », transpartisane, sur les violences sexistes et sexuelles, co-signée par une centaine de députés.
Alors que les « problématiques sont systémiques », ce texte « porte des réponses qui touchent l’ensemble des domaines : la justice, la sécurité, le foyer […] les associations, les activités sportives, l’éducation », car le combat doit être porté « sur tous les fronts », a expliqué Mme Braun-Pivet, en réclamant un examen lors de la session extraordinaire, soit en juillet, soit en septembre.
« Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles. Une femme sur deux a déjà subi des violences sexuelles au cours de sa vie. Seuls 1 % des viols et 1 % des incestes aboutissent à une condamnation », a déclaré la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez lors d’une conférence de presse. Pour l’élue, autrice d’une « proposition de loi intégrale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants », « la réponse publique est morcelée, lente et insuffisante. »
Déposé fin 2025 et cosigné par une centaine de députés de gauche et de la coalition gouvernementale, le texte de 79 articles n’a jamais été examiné.