Bien que ce sommet soit en principe consacré à des questions essentiellement économiques et budgétaires, les Vingt-Sept vont évidemment parler des conflits en cours. Ils ont des conséquences sur la vie des Européens, notamment sur la question énergétique. Pour le reste, rien que sur l’Ukraine par exemple, le prêt de 90 milliards d’euros à Kiev, dont le principe a été adopté fin décembre 2025, est bloqué depuis. En cause, le veto de la Hongrie, proche de la Russie. Le gouvernement hongrois accuse l’Ukraine de traîner les pieds pour remettre en fonctionnement un oléoduc qui passe par son territoire et qui est à l’arrêt depuis une frappe russe, oléoduc par lequel la Hongrie continue à se fournir en pétrole russe. Cela fait donc bientôt trois mois.
Difficulté à exister
Il faut dire que le fonctionnement de la diplomatie européenne n’est pas forcément très lisible. Et c’est normal, quand vingt-sept chefs d’États et de gouvernements de pays démocratiques et leurs conseillers se mettent autour d’une table pour se mettre d’accord à l’unanimité en vingt-quatre langues officielles, cela prend un peu de temps. Pourtant, il existe en principe une politique de sécurité commune et d’affaires étrangères, incarnée par Kaja Kallas, mais elle a du mal à exister. Au moment de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, les pays européens ont réagi individuellement, en ordre dispersé. L’Allemagne, plutôt positivement puisque le chancelier allemand Friedrich Merz allait à Washington. Devant les critiques, il a un peu rétropédalé ensuite. L’Espagne a été beaucoup plus critique, refusant le droit à l’armée américaine d’utiliser ses bases. Mais il n’y a pas vraiment de position commune.
Quel numéro ?
Les interlocuteurs des pays européens le savent. L’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger disait en 1970 « L’Europe, c’est quel numéro de téléphone ? ». Et ça continue aujourd’hui. Quand Donald Trump veut demander à ses alliés de l’Otan de l’aider à sécuriser le détroit d’Ormuz, il n’appelle pas la Commission, il les appelle un par un pour entendre ce qui ressemble à un non coordonné. Même chose pour Volodymyr Zelensky. Celui-ci vient d’effectuer une tournée des capitales européennes, se mettant d’accord avec les uns et les autres pour obtenir de l’aide en attendant le déblocage de celle de l’Union. Les Européens d’ailleurs le savent très bien eux-mêmes. C’est pourquoi les pays qui ont envie d’avancer ensemble expérimentent d’autres voies, y compris avec des pays non-membres de l’Union. C’est par exemple le format E3. France, Allemagne, Royaume-Uni. Ou encore la coalition des volontaires pour l’Ukraine, qui comprend 35 membres, dont le Japon, l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande, mais pas la Hongrie ou la Slovaquie. Cela a le mérite d’exister et c’est mieux que rien, mais ça dit long sur les limites de l’Union qui paraissent parfois difficile à surmonter.