On rappelle souvent qu’environ un quart du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz. Ce que l’on dit moins, c’est qu’un tiers des engrais transportés par voie maritime passe aussi par ce corridor stratégique du Golfe. Des produits essentiels pour l’agriculture mondiale et donc pour la production alimentaire.
Or, avec la guerre dans la région, les conditions de navigation se sont durcies. Le coût du carburant pour les cargos a fortement augmenté, tout comme les primes d’assurance imposées aux armateurs pour traverser cette zone jugée à risque.
25 jours de navigation en plus
Pour les organisations humanitaires, la situation est particulièrement préoccupante. Certaines cargaisons doivent désormais faire le tour de la planète pour atteindre leur destination. C’est notamment le cas pour l’aide alimentaire destinée au Soudan, explique Jean-Martin Bauer, du Programme alimentaire mondial (PAM) :
« En général, ce qu’on fait, c’est qu’on achète la nourriture en Inde. On l’achemine à Salalah, à Oman. De là, elle part en bateau à Jeddah en Arabie saoudite. Et ensuite, elle rejoint Port-Soudan. Désormais, les cargaisons partent de Bombay, elles vont toujours à Salalah, mais elles partent ensuite pour Tanger, au Maroc, puis Port-Saïd, en Égypte. Et ensuite seulement, Port-Soudan. Ça veut dire 9 000 kilomètres en plus et 25 jours supplémentaires pour la même cargaison. »
Le contexte ressemble à s’y méprendre avec ce qu’il s’est passé au moment du Covid-19, ou au début de l’invasion russe de l’Ukraine. Le Programme alimentaire mondial redoute un nouveau tournant dans l’histoire des chaînes d’approvisionnement avec des répercussions sur l’économie, la sécurité alimentaire et l’aide humanitaire.