
Nationaliser le sidérurgiste ArcelorMittal France serait « une réponse populiste à un problème structurel », a déploré le ministre de l’Économie, Roland Lescure. « La France a besoin d’un cap industriel clair, pas d’une prétendue formule magique que serait la nationalisation », a-t-il écrit dans un message publié sur le réseau social Bluesky.
L’Assemblée nationale a adopté, jeudi 27 novembre en première lecture, une proposition de loi issue du groupe La France insoumise (LFI) visant à nationaliser ArcelorMittal France. Le géant de l’acier avait annoncé en avril des mesures de réorganisation qui entraîneront des suppressions d’emplois, évaluées à 260 à ce stade.
« C’est un vote historique, c’est une victoire qui a été arrachée grâce à la mobilisation des travailleurs et des travailleuses et de toute la CGT », a réagi la secrétaire générale du syndicat, Sophie Binet auprès de l’AFP. Celle-ci appelle le gouvernement à « respecter le vote qu’il y a eu au Parlement ».
Le texte a été adopté avec le soutien de la gauche – insoumis, socialistes, écologistes et communistes –, tandis que le parti d’extrême droite Rassemblement national (RN) s’est abstenu et que le camp gouvernemental a voté contre. Son avenir est toutefois hautement incertain, car il lui sera difficile d’être adopté au Sénat, dominé par la droite et le centre.
« Ce vote crée l’illusion d’une protection »
« Le véritable enjeu, ce n’est pas de nationaliser Arcelor, c’est de se battre contre les importations massives d’acier chinois. C’est un débat au niveau européen », a relevé vendredi le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Il est opposé, comme l’ensemble du gouvernement, à une nationalisation chiffrée à trois milliards d’euros, sur fond de disette budgétaire.
Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, a estimé auprès de l’AFP que « ce vote crée l’illusion d’une protection, mais il ne résout ni la chute de la demande européenne, ni la concurrence mondiale faussée, ni les coûts de production qui pèsent sur la filière ».
Ce que prévoit le texte, « ce n’est pas de nationaliser le groupe ArcelorMittal, c’est de n’en nationaliser qu’une partie », a renchéri Pascal Deshayes. Le délégué syndical central CFE-CGC pour ArcelorMittal France estime qu’on va ainsi « nationaliser des dettes », l’Europe étant « l’enfant malade du groupe ».
« L’avenir de la sidérurgie française ne se joue pas dans les postures. Il se joue dans des décisions courageuses : protéger l’acier européen à Bruxelles, investir, alléger les impôts de production, sécuriser les sites, lutter contre la concurrence déloyale », a ajouté Sébastien Martin.

Le plan acier de la Commission européenne prévoit de diviser par deux environ les quotas d’acier étranger pouvant être importés dans l’Union européenne sans droits de douane. Pour y parvenir, la Commission entend doubler les droits de douane pour les importations dépassant ces quotas, à hauteur de 50% contre 25% précédemment.
En dépit de ces mesures de protection annoncées, les insoumis voient dans une nationalisation « l’unique solution » pour sauver la filière et ses 15 000 emplois directs, lutter contre le plan social et relancer la décarbonation des hauts-fourneaux. Les socialistes, eux, défendent une « mise sous tutelle » plutôt qu’une nationalisation. Ils ont toutefois voté pour le texte.
L’entreprise estime qu’une nationalisation « ne permettrait de résoudre les problèmes rencontrés par l’industrie »
ArcelorMittal a estimé vendredi qu’une nationalisation « ne permettrait en aucun cas de résoudre les problèmes rencontrés par l’industrie de l’acier en France et en Europe ». L’entreprise a appelé à « agir sur les facteurs structurels de compétitivité », et soulignant que « les leviers sont européens ». « Le marché européen de l’acier est inondé d’importations massives à bas prix, qui ont un effet dévastateur pour les producteurs européens. L’Europe doit (…) appliquer au plus vite les mesures de défense commerciale annoncées en octobre, ainsi qu’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières efficace », plaide le groupe dans un communiqué.
ArcelorMittal, deuxième sidérurgiste mondial, emploie plus de 7 000 salariés dans son pôle du nord de la France, comptant sept usines. Le groupe emploie 15 000 personnes au total en France.