
« Un nouveau service national va être institué, progressivement dès l’été prochain », a affirmé le chef de l’État lors d’un déplacement auprès de la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne (BIM) de Varces, en Isère. « Le cœur sera les jeunes âgés de 18 et 19 ans », selon Emmanuel Macron, pour qui « notre jeunesse a soif d’engagement » et est « prête à se lever pour la patrie ».
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« Dans ce monde incertain où la force prime sur le droit et la guerre se conjugue au présent, notre nation n’a le droit ni à la peur ni à la panique, ni à l’impréparation ni à la division », a affirmé le chef de l’État. « La peur, au demeurant, n’évite jamais le danger. La seule façon de l’éviter, c’est de s’y préparer », a-t-il ajouté, expliquant que « c’est ce que font nos armées au quotidien ».
Les volontaires serviront « exclusivement sur le territoire national »
Il a aussi prévenu que les volontaires serviront « exclusivement sur le territoire national », après avoir assuré dès mardi qu’il ne s’agit pas « d’envoyer nos jeunes en Ukraine ». Une manière d’essayer de faire taire la polémique politique suscitée par les propos du chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, qui avait estimé que le pays devait être prêt à « accepter de perdre ses enfants ».
Emmanuel Macron a donc confirmé que ce nouveau dispositif, baptisé simplement « service national », sera lancé « progressivement dès l’été prochain », avec un début de sélection des candidats dès mi-janvier. Il durera dix mois (un mois de formation, neuf au sein de l’armée).
Disette budgétaire oblige, le dispositif montera en puissance graduellement : la première année, il doit concerner 3 000 jeunes, avec un objectif de 10 000 par an en 2030, puis une ambition de 42 500 en 2035. Ce qui ferait 50 000 par an en cumulant avec les personnes qui font déjà le service militaire volontaire (SMV) et son équivalent ultramarin, le service militaire adapté (SMA), qui perdureront en parallèle, car ils ont un objectif différent d’insertion professionnelle.
Quelles missions ?
Il n’est pas question « d’envoyer nos jeunes en Ukraine », avait rappelé le président Emmanuel Macron. Ni de les envoyer en opérations extérieures : le service se déroulera exclusivement sur le territoire national.
À l’issue de leur mois de classes, une fois insérés dans leurs unités, « ils effectueront les mêmes missions que l’armée d’active sur le territoire national », selon le chef de l’État. Ils pourront participer à l’opération Sentinelle, assurer la protection des sites militaires ou encore surveiller les approches maritimes dans les sémaphores disposés le long du littoral. Selon leur qualification (logisticiens, cuisiniers, ingénieurs, traducteurs…), les recrues participeront aussi au soutien des unités et des services.
Pendant le temps sous les drapeaux, les jeunes recevront une solde mensuelle de 800 euros minimum, seront nourris et hébergés. Pour leurs déplacements, ils bénéficieront de la carte de circulation militaire permettant une réduction de 75% dans les trains.
Avec cette année de césure, ils pourront reporter leurs vœux sur Parcoursup et les jurys de l’enseignement supérieur seront « incités » à valoriser leur expérience lors des délibérations des concours, selon l’exécutif. Ils pourront également valider certains acquis, sous la forme d’environ 15 crédits de formation européens ECTS. La solde perçue ne sera pas intégrée dans l’évaluation des ressources pour l’obtention des bourses.
Basculés dans la réserve opérationnelle
À l’issue du service, les jeunes sont automatiquement basculés dans la réserve opérationnelle dite de second niveau, qui existait du temps de la conscription. Celle-ci prévoit la mise à disposition de cinq jours par an pendant cinq ans en cas de besoin.
L’instauration du service national a pour but également de servir de « robinet de la réserve », selon le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill. Les jeunes pourront donc s’engager dans la réserve opérationnelle de premier niveau qui doit atteindre 80 000 personnes en 2030, contre 47 000 actuellement.
Ils sont unanimes pour le dire : il existe bien une menace de guerre, mais l’annonce du président n’emporte pas l’adhésion de tous les camps politiques. Pour la députée écologiste, Léa Balage, ce service n’a aucun sens. « Cela va servir à déshabiller Paul pour habiller Jacques. Pardon de parler comme ça de militaires. Mais je crois que l’armée française a besoin d’argent pour renouveler son armement. Chaque milliard compte dans cette affaire », explique-t-elle.
Laurent Jacobelli, du RN, est pour ce service militaire volontaire, mais refuse qu’il soit financé avec le budget dédié aux armées. « Très clairement, on ne peut pas toucher aux dépenses qui sont fléchées aujourd’hui pour l’équipement militaire, pour les hébergements des soldats, pour les augmentations des soldes, la révision des échelles de salaire pour les militaires. À voir où le président va chercher les fonds », s’interroge-t-il.
Le bloc central soutient évidemment la proposition du président et le député EPR Nicolas Metzdorf va même plus loin. « J’aurais préféré que le service soit obligatoire. De toute façon, un budget, ce sont des choix politiques. Je crois qu’il y a des pistes d’économie assez larges qu’on peut faire sur énormément de budget, notamment à l’aide publique au développement qu’on donne à des pays qui nous sont hostiles », déclare-t-il.
Le débat ne devrait pas retomber alors que le budget est toujours en discussion et le gouvernement espère économiser 35 milliards d’euros pour l’année 2026.