« Les six années écoulées, pour la France comme pour l’Europe, pèsent comme des décennies, et les derniers mois comme des années. Nos concurrents ont évolué, nos partenaires aussi, le monde se durcit et les dernières heures l’ont encore démontré. » C’est par ce constat que le président français a commencé son discours.
Avec le nouveau conflit entre les États-Unis, Israël, et l’Iran, mais aussi le développement de nouvelles armes par la Russie, la guerre en Ukraine et le rattrapage à marche forcée de l’arsenal chinois, les équilibres d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’hier. L’Élysée évoquait même il y a quelques jours une « atmosphère nucléaire ».
Augmentation de l’arsenal nucléaire français
À son arrivée au pouvoir en 2017, le président a lancé le renouvellement complet de l’arsenal nucléaire. Ce lundi, il a annoncé avoir ordonné l’augmentation du nombre de têtes nucléaires de l’arsenal français. Emmanuel Macron a également annoncé la construction d’un nouveau sous-marin nucléaire lanceur d’engins qui devrait entrer en service en 2036, « l’Invincible ». Pour le locataire de l’Élysée, « il ne s’agit pas d’entrer dans une course aux armements », mais sa « responsabilité », dit-il, c’est « d’assurer que notre dissuasion conserve son pouvoir de destruction assurée ».
Le volet européen de la dissuasion nucléaire
Pour être puissant, dans un contexte de tensions grandissantes, il faut, selon le président, « être plus unis ». Emmanuel Macron a donc développé son projet de « dissuasion avancée », prenant en compte les intérêts de certains de ses partenaires européens. Une « démarche progressive », a-t-il assuré, et « parfaitement complémentaire » de la dissuasion de l’Otan. Cette nouvelle dissuasion avancée offrira aux pays européens intéressés la possibilité de participer aux exercices français.
Le président a évoqué le possible déploiement d’avions français équipés de la bombe chez des alliés européens. Des pays qui pourront accueillir des « forces aériennes stratégiques », capables de « se disséminer dans la profondeur du continent européen » pour « compliquer le calcul de nos adversaires ». L’Allemagne sera un partenaire clé, mais sept autres pays européens ont déjà fait part de leur intérêt : le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.
Il y a beaucoup de pays européens qui cherchent une forme de « garantie bis », qui sont toujours très attachés à la relation avec Washington, mais qui ont envie d’élargir le champ des possibles de leur partenariat stratégique au plus haut niveau.
Un tournant majeur pour les pays européens partenaires de la France, souligne Stéphane Audrand, consultant indépendant
« Un âge d’arme nucléaire »
Emmanuel Macron a tenu à rappeler un invariant de la doctrine. « Il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. Elles appartiennent au seul président de la République », a-t-il déclaré. Emmanuel Macron a conclu son discours par un message pour le moins pessimiste : « le demi-siècle qui vient sera un âge d’armes nucléaires ». Un demi-siècle où, selon le président, la France tiendra tout son rôle.