En France, les déclarations d’Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire ont suscité de vives réactions. Ces dernières semaines, à droite et à l’extrême droite, certains laissaient entendre que le chef de l’État pourrait envisager de partager l’arme nucléaire française avec des partenaires de l’Union européenne.
Le président a clairement démenti cette idée, précision saluée chez Les Républicains par le député Jean-Louis Thiériot : « Il a rappelé la souveraineté de la décision d’emploi du nucléaire, qui relève de la seule compétence du président de la République en vertu du suffrage universel. Il n’y a aucune remise en cause des principes qui fondent notre dissuasion depuis le général de Gaulle. » L’élu de droite soutient également la volonté d’Emmanuel Macron d’augmenter le nombre de têtes nucléaires françaises.
À l’inverse, à la France insoumise, le député Thomas Portes dénonce une dangereuse course à l’armement : « Je ne veux pas un président qui montre les muscles. Il faut aujourd’hui revenir sur des prises de position qui consistent à dire que parce qu’on va avoir le plus d’armes, cela permettra de construire la paix. Je crois que c’est faux », tance-t-il.
Au Parti socialiste, la position est plus nuancée. La députée Dieynaba Diop ne se dit pas favorable à une augmentation du nombre de têtes nucléaires : « Nous avons été, sur le siècle précédent, [dans une dynamique de] réduction des moyens nucléaires. Il faut lutter contre l’escalade et plutôt travailler à des solutions avec l’Europe. »
À l’extrême droite, l’eurodéputée Marion Maréchal se montre rassurée : selon elle, les propos du président ne violent pas les fondamentaux de la doctrine nucléaire française.
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La Pologne intéressée
Les réactions ont également été nombreuses dans les pays qui se disent prêts à accueillir des infrastructures stratégiques françaises et à participer à des exercices de dissuasion. Parmi eux figure la Pologne. À la fois à la frontière de l’Europe et de l’Otan et en première ligne face à la menace russe depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine voisine, Varsovie place les questions de défense au cœur de ses priorités. « Nous nous armons ensemble avec nos amis, pour que nos ennemis n’osent jamais nous attaquer », a écrit sur X le Premier ministre polonais.
Dans les rues de Varsovie, Piotr approuve. « Entre Européens, on doit se soutenir et ne pas être les uns contre les autres. Ces têtes nucléaires, c’est dans l’ordre des choses. Puisqu’on n’a pas les nôtres, on accueille volontiers celles de nos alliés, pour être capable de réagir, ou même d’attaquer rapidement », affirme-t-il au micro de notre correspondant à Varsovie, Adrien Sarlat.
Emmanuel Macron a toutefois précisé que la France conserverait la décision finale d’activer ou non d’éventuelles têtes nucléaires stationnées chez ses alliés. Une position que Magda comprend : « Quand on confie des armes nucléaires à un allié, on ne lui remet pas forcément la décision de les activer entre les mains. Ce serait bizarre. »
Rima, elle, tique encore sur les conditions énoncées par le président français. « Si des têtes nucléaires stationnent ici, je préférerais qu’on ait notre mot à dire. Mais j’espère qu’on n’en arrivera jamais là », dit-elle. Pour beaucoup en Pologne, l’idée reste simple : pour garantir la paix, il faut être prêt à la guerre.
Berlin se rapproche de Paris
L’Allemagne, elle, joue un rôle d’autant plus particulier dans cette séquence. Longtemps prudent sous Angela Merkel puis Olaf Scholz, le pays semble évoluer sous l’impulsion du chancelier Friedrich Merz, mis face à l’instabilité internationale et l’engagement incertain de son vieux partenaire américain.
Paris et Berlin ont décidé de mettre en place un groupe de pilotage nucléaire pour renforcer leur coordination en matière de dissuasion. Une participation allemande aux exercices nucléaires français est envisagée dès cette année.
« Cette référence du président Macron à une juste répartition a été très intéressante d’un point de vue allemand, où l’on se demande si l’on pourrait, à l’avenir, participer financièrement à la dimension européenne de cette dissuasion française », détaille Jacob Ross, politologue à la Société allemande pour la politique étrangère, au micro de notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut.
Au Bundestag, le député chrétien-démocrate Roland Theis salue un discours qui, selon lui, renforce la dissuasion française tout en servant les intérêts de Berlin. Le président du groupe d’amitié France/Allemagne au Bundestag y voit le signe que la coopération bilatérale entre Paris et Berlin fonctionne malgré de récentes frictions et ce au profit d’une plus grande sécurité européenne.