Le décès d’Alex Pretti vient aggraver une situation déjà tendue depuis celui de Renee Good, une Américaine tuée par balle le 7 janvier par un agent de l’ICE à Minneapolis, elle aussi. Cette métropole du Minnesota est secouée depuis plusieurs semaines par un mouvement de protestation contre la présence de l’ICE.
Ce dimanche, ils étaient nombreux à se recueillir dans un froid glacial devant un mémorial de fortune dressé en hommage à Alex Pretti, sur le lieu des tirs. « Je suis triste et en colère face à cette perte », a déclaré Lucy, une habitante de Minneapolis rencontrée par l’AFP. « Mais je n’ai pas peur d’être là et je n’ai pas peur de continuer le combat et de défendre ce qui est juste », a-t-elle ajouté.
Dans le centre de cette ville d’un peu plus de 400 000 habitants, près d’un millier de personnes se sont rassemblées à la mi-journée pour défiler en hommage à Alex Pretti et contre les actions des forces de l’ordre fédérales.
La police locale autorisée à rechercher des témoins
Le chef de la police de Minneapolis, Brian O’Hara, a déclaré à la chaîne CBS qu’après avoir été initialement empêchés d’accéder au lieu des tirs mortels, des agents de la police locale étaient désormais sur place à la recherche de témoins et d’éléments.
Quand Renee Good a été tuée par un membre de l’ICE le 7 janvier dernier, la police locale avait été écartée de l’enquête au profit de la police fédérale. Un juge fédéral du Minnesota a rendu samedi une décision qui empêche les agents fédéraux de « détruire ou d’altérer les preuves » liées à l’affaire.
Le directeur du FBI, Kash Patel, a rejeté l’idée selon laquelle Alex Pretti était un manifestant pacifique. « Une personne pacifique ne se présente pas à une manifestation avec une arme à feu et deux chargeurs pleins », a-t-il soutenu sur Fox News. Le chef de la police locale, Biran O’Hara, a déclaré au contraire sur CBS qu’une personne pouvait participer à une manifestation avec une arme à feu tant qu’elle détient un permis, ce qui était le cas d’Alex Pretti.
De son côté, Donald Trump a imputé dimanche la mort d’Alex Pretti et Renee Good aux dirigeants démocrates des villes et États refusant de se conformer à sa répression de l’immigration. « Malheureusement, deux citoyens américains ont perdu la vie à cause de ce chaos provoqué par les démocrates », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social.
La Garde nationale déployée
La veille, la ville était de nouveau calme dès la fin de l’après-midi, les manifestants se trouvaient sur le lieu où Alex Pretti a été tué, rapporte notre envoyé spécial sur place, Edward Maille. Dans la soirée, des veillées étaient organisées en hommage, sans débordements. Les organisateurs avaient appelé chacun à se rassembler dans son quartier au lieu d’un grand rassemblement dans un même endroit, sûrement pour éviter toute escalade.
Les agents de la Garde nationale sont arrivés dans la ville au nombre de 1 500 soldats, envoyés par le gouverneur démocrate Tim Wald, alors que la police municipale en compte 600. Ces soldats sont là pour assister la police locale, pour le maintien des foules et aussi placés autour du bâtiment qui abrite les bureaux de l’ICE. Mais les habitants ne s’opposent pas forcément à ces soldats, car ils obéissent au gouverneur démocrate qui se place du côté des habitants en dénonçant la présence d’agents de la police de l’immigration (ICE). Et c’est contre ces derniers que les habitants manifestaient.
Les actions que peuvent mettre en place les démocrates
Les démocrates ont exprimé leur indignation. Mais que peuvent-ils faire concrètement au niveau du Congrès ?
Pour Lauric Henneton, maître de conférences à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, spécialiste des États-Unis, « un des moyens d’action qui n’est pas de l’ordre des manifestations, c’est les financements au Congrès. Et c’est ce que c’est, la voie que les démocrates commencent à envisager, c’est-à-dire s’opposer aux financements qui sont prévus pour le DHS, le ministère qui finance ICE. Et donc pas de financement, pas de recrutement, pas de recrutement, pas de montée en puissance », explique-t-il.
Le problème de ICE actuellement, c’est qu’ils ont des objectifs d’expulsions qui sont absolument faramineux, qui ne sont pas réalistes avec leur main-d’œuvre actuelle et donc ils sont obligés de recruter. Ils recrutent à tour de bras n’importe qui, des gens qui sont justes, qui ont envie d’en découdre un peu, un profil hooligan, et ils leur mettent des armes dans les mains. Ils recrutent sur les stands de tir et donc les gens sont beaucoup moins formés [comme] c’était le cas avant. Le problème, c’est pas ICE, c’est le changement dans ICE, c’est le changement de la montée en puissance. En fait, ils sont pas formés, ils n’ont pas un profil qui va vers la désescalade…
En plus de s’indigner, les démocrates réclament justice, tout comme la famille d’Alex Pretti. Mais ils ont peu de chances d’être entendus. « Juridiquement, c’est très compliqué parce qu’on a justement l’illustration du fédéralisme, c’est-à-dire qu’on a des forces de police qui relèvent du fédéral et des juridictions locales (les villes, les États, les comtés, etc.), qui voudraient bien poursuivre en justice les tireurs dans les deux affaires de Minneapolis, mais qui ne peuvent pas. […] Il y a donc énormément de chances pour que ce ne soit pas suivi d’effet, parce que l’administration Trump ne va pas engager de poursuites », explique Lauric Henneton.
L’ICE et la Border Patrol, deux agences fédérales qui font polémique
Créée en 2003, dans la foulée des attentats du 11 septembre, l’ICE avait pour mission d’assurer la sécurité du territoire, en enquêtant et en luttant contre les clandestins potentiellement dangeureux. Mais depuis le retour de Donald Trump au pouvoir il y a un an, cette police fédérale est devenue le fer de lance de sa politique anti-immigration. Elle a arrêté des centaines de milliers de personnes à travers les États-Unis.
La Border Patrol, la police des frontières, elle, existe depuis 1924. Elle patrouille normalement le long des frontières américaines pour empêcher les infiltrations de clandestins. Mais elle a été envoyée récemment en renfort de l’ICE, notamment à Minneapolis, donc loin de la frontière avec le Canada.
Les deux agences, qui comprennent environ 20 000 membres chacune, sont dotées de budgets de plusieurs milliards de dollars. Toutes deux ont été épinglées pour leurs méthodes brutales. Le chef des gardes-frontières, Greg Bovino, est devenu une des figures emblématiques de cette politique répressive. Parfois vêtu d’un long manteau kaki, qui n’est pas sans rappeler, selon ses détracteurs, ce que portaient les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.