Hongrie: le président Sulyok refuse de démissionner, le Premier ministre Magyar le menace de destitution

Le Premier ministre hongrois Peter Magyar s’adresse aux médias au siège de l’UE à Bruxelles, vendredi 29 mai 2026.
Le Premier ministre hongrois Peter Magyar s’adresse aux médias au siège de l’UE à Bruxelles, vendredi 29 mai 2026.© Virginia Mayo / AP

Dimanche 31 mai au soir, Tamas Sulyok a rejeté toute idée de démission dans une déclaration solennelle adressée aux Hongrois, dénonçant les « motivations politiques » de Peter Magyar. Le président de la République a maintenu sa position le lendemain dans un message publié sur Facebook, où il a une nouvelle fois exclu de quitter ses fonctions.

Cette fin de non-recevoir n’a pas infléchi la position du nouveau Premier ministre. Après avoir rencontré le chef de l’État lundi matin, Peter Magyar a de nouveau accusé Tamas Sulyok, élu en mars 2024 par les députés du Fidesz, de servir les intérêts de l’ex-Premier ministre Viktor Orban.

« La Hongrie n’appartient ni à Tamas Sulyok ni à Viktor Orban. Elle n’appartient pas à un seul parti ou système politique », a-t-il déclaré, avant de rappeler que « la Constitution stipule clairement que le président incarne l’unité de la nation et veille au fonctionnement démocratique de l’État ».

Une procédure qui vise « tous les pantins » nommés par Orban

À la sortie de l’entretien, face aux caméras, Peter Magyar a annoncé son intention d’utiliser la majorité des deux tiers dont dispose désormais Tisza au Parlement pour modifier la Constitution et ouvrir la voie à une destitution du président – et ce, malgré le caractère essentiellement protocolaire de son poste.

« J’ai dit au président que, s’il maintenait sa position et ne démissionnait pas, j’informerais (…) les députés de Tisza de notre démarche législative et nous commencerions immédiatement les ‌procédures nécessaires », a-t-il déclaré.

Si le chef du gouvernement n’a pas précisé quelles modifications constitutionnelles seraient nécessaires pour écarter Tamas Sulyok, il a toutefois indiqué que cette réforme ne viserait pas uniquement le président. Selon lui, elle concernerait « tous les pantins, tous ceux qui ont participé à ce système et qui, au lieu de renforcer la démocratie et l’État de droit en Hongrie, ont contribué à leur démantèlement pour des millions de forints ». La procédure pourrait durer « environ un mois », selon le Premier ministre ​hongrois.

Cette méthode brutale s’inscrit dans la ligne du programme qu’il défend depuis sa campagne électorale : relever l’économie du pays, récupérer l’argent volé par l’ancien régime, se réconcilier avec l’Union européenne, libérer le pays de la corruption… Cette purge totale est l’une des principales raisons de sa victoire d’avril 2026.

Le Fidesz dénonce ​un « ultimatum illégal »

De son côté, le Fidesz de Viktor Orban accuse le nouveau dirigeant d’avoir lancé ​un « ultimatum illégal », arguant que Tamas Sulyok bénéficie d’un mandat de ​droit courant jusqu’en 2029, et qu’il ne peut être destitué.

Dans une vidéo publiée lundi sur Facebook, le chef du caucus du parti Fidesz d’Orban, Gergely Gulyas, a déclaré que « dans une démocratie constitutionnelle, il n’est pas concevable qu’un président soit destitué de force avant la fin de son mandat. » « Si c’est la voie empruntée par la nouvelle majorité gouvernementale, alors nous pouvons affirmer sans risque qu’elle abuse de l’autorité qui lui a été accordée », a-t-il ajouté.