
Le Premier ministre groenlandais a appelé, lundi 5 janvier, à ne pas céder à la « panique » après la réaffirmation par Donald Trump de son intention de faire passer le territoire autonome danois sous drapeau américain, souhaitant rétablir une « bonne coopération » avec les États-Unis.
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« La situation n’est pas telle que les États-Unis puissent conquérir le Groenland. Ce n’est pas le cas. Nous ne devons donc pas paniquer. Nous devons rétablir la bonne coopération que nous avons eue », a dit Jens-Frederik Nielsen lors d’une conférence de presse à Nuuk, la capitale du Groenland.
Celui-ci a cependant souligné que son gouvernement allait « maintenant durcir le ton, car nous ne sommes pas satisfaits de la situation dans laquelle nous nous trouvons ». « Ça suffit que la communication se fasse par les médias et par divers détours », a-t-il ajouté.
Sentiments plus divisés chez les Groenlandais
Chez les Groenlandais en revanche, les sentiments sont plus partagés, rapporte Ottilia Férey, notre correspondante régionale. Exemple avec Elisa Tove Christiansen, une Dano-Groenlandaise. Si celle-ci vit aujourd’hui au Danemark, son cœur bat en ce moment entièrement pour son pays natal.
« Ça me fait mal au cœur. Je ne comprends pas. Il faut stopper [Donald Trump], c‘est complètement fou. On vit une situation mondiale très étrange et j’ai peur. Peut-être que dans 20 jours ou dans deux mois, quelque chose va se produire. S’il attaque, c’est la fin de l’Otan. Et après ? Qu’adviendra-t-il de l’Europe ? Il faut agir maintenant même si je crois qu’il est déjà trop tard », s’inquiète-t-elle.
À l’inverse, Juno Berthelsen, qui est membre du Parlement groenlandais et affilié à Naleraq, le parti indépendantiste, voit lui dans les velléités du président américain une opportunité de se libérer de la tutelle danoise. « Nous ne voulons pas être américains, nous ne voulons pas être danois, nous voulons être groenlandais, ou inuits. Concernant Trump, son administration nous donne un levier, estime-t-il. Lorsqu’ils affirment avoir besoin du Groenland pour la sécurité des États-Unis, c’est la même chose de notre côté. Pour que le Groenland devienne indépendant, pour qu’il devienne un État-nation, la sécurité et la défense sont indispensables. Nous utilisons les moyens à notre disposition pour atteindre notre objectif et les États-Unis en sont un, ils y contribuent largement ».
Préoccupation de l’Union européenne
Au sein de l’Union européenne (UE), si la préoccupation est palpable, les 27 marchent sur des œufs, indique de son côté Pierre Bénazet, notre correspondant à Bruxelles. Les Européens n’ont certainement pas besoin que les États-Unis contrôlent le Groenland, répond la Commission européenne à Donald Trump.
« L’Union européenne continuera à défendre les principes de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale et d’inviolabilité des frontières, ainsi que la Charte des Nations unies, explique Anitta Hipper, porte-parole de la Commission. Ce sont des principes universels que nous ne cesserons de défendre, d’autant plus si l’intégrité territoriale d’un État membre de l’Union est remise en cause. Nous continuons à être solidaires du Danemark et du Groenland, qui est un territoire autonome du Royaume du Danemark, et toute modification de ce statut relève de la seule décision des Groenlandais et des Danois ».
Les Européens sont prudents avec Donald Trump car ils souhaitent pouvoir être impliqués dans les négociations sur l’Ukraine. Mais si la plupart d’entre eux a renoncé à condamner fermement le coup de force au Venezuela, le ton est toutefois plus ferme sur le Groenland. Les dirigeants britanniques, suédois et finlandais ont ainsi apporté leur soutien au Danemark. Quant au ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, il a affirmé que le Groenland n’était « ni à vendre, ni à prendre ».