G7 Finances à Paris: quels enjeux?

Le ministre français des Finances, Roland Lescure.
Le ministre français des Finances, Roland Lescure.AFP – NICOLAS TUCAT

Pendant deux jours, les ministres des Finances du G7 vont tenter de rapprocher leurs positions sur les réponses à apporter face aux répercussions du conflit au Moyen-Orient, ou encore de s’affranchir de la dépendance aux minerais critiques chinois. « Je pense qu’aujourd’hui, on va montrer que le multilatéralisme, c’est utile et que ça fonctionne », a déclaré lundi matin le ministre français de l’Economie et des Finances Roland Lescure.

A un mois du sommet du G7 à Evian (15-17 juin), qu’elle accueille au titre de la présidence tournante, la France veut maintenir le cap du dialogue alors que les tensions géopolitiques et commerciales s’intensifient et minent les relations internationales, jusqu’à l’allié américain, devenu imprévisible sous Donald Trump. Ce dernier, qui a de nouveau menacé l’Iran d’anéantissement dimanche, laisse entrevoir une reprise prochaine des frappes et la fin de la fragile trêve en vigueur depuis le 8 avril.

« On fait face à des défis majeurs, la guerre au Proche-Orient, évidemment, les déséquilibres multilatéraux qui sont aujourd’hui insoutenables, les enjeux de terres rares, de matériaux critiques, des enjeux d’aide au développement », a détaillé Roland Lescure.

Détroit d’Ormuz

En haut des priorités des grands argentiers du G7: les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient et du blocage par l’Iran du détroit d’Ormuz, essentiel au transport d’hydrocarbures et d’engrais dont les cours ont bondi. En réaction, le Fonds monétaire international (FMI) s’attend à une croissance mondiale plus modeste et une inflation plus élevée en 2026.

« Cette guerre nuit fortement au développement économique. C’est pourquoi tout doit être mis en oeuvre pour y mettre un terme définitif, rétablir la stabilité dans la région et garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », a déclaré dans un communiqué le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil.

Une nouvelle libération de stocks stratégiques de pétrole, comme celle décidée en mars, n’est toutefois pas à l’ordre du jour, selon Roland Lescure. Il s’est toutefois montré prêt à « discuter de ça » si nécessaire, « si jamais on arrive à ouvrir le détroit d’Ormuz » et que les navires mettent du temps à circuler de nouveau normalement.

Ces craintes inflationnistes ont engendré ces derniers jours un fort mouvement de vente des bons d’Etat, et donc de hausse des taux d’intérêt des dettes souveraines.

Guerre commerciale et terres rares

Les ministres tenteront aussi d’aplanir les désaccords sur le commerce international après l’imposition de surtaxes douanières par Washington. Alors que ces déséquilibres alimentent les tensions commerciales, géopolitiques et financières, et compromettent la croissance mondiale, une reconnaissance commune de la situation serait déjà considérée comme une grande avancée par la présidence française. Les discussions s’annoncent compliquées, les Européens n’ont toujours pas bien digéré de se voir imposer de nouveaux droits de douane par l’administration Trump.

Parmi les autres sujets mis sur la table, seront abordés « les matériaux critiques, les terres rares », a dit Roland Lescure. « Les terres rares, c’est le chaînon manquant de l’électrification. (…) Si on n’a pas accès aux terres rares de manière indépendante, on va manquer ce chaînon. » Ces dernières années, les pays producteurs et transformateurs, Chine en tête, ont parfois restreint certaines exportations de ces composants essentiels pour des pans entiers de l’économie mondiale, ou profité de leur situation dominante pour influer sur les prix.

Le ministre allemand met aussi l’accent sur la guerre en Ukraine: « Nous ne perdons pas de vue la brutale guerre d’agression de la Russie même si le monde a les yeux tournés vers le Moyen-Orient: le peuple d’Ukraine peut compter sur notre soutien » dans le financement de sa défense.