Brésil: pourquoi Lula fait désormais de Marco Rubio sa principale cible de campagne

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva s'adresse aux journalistes après sa rencontre à la Maison Blanche avec le président américain Donald Trump, à l'ambassade du Brésil à Washington (États-Unis), le 7 mai 2026.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva s’adresse aux journalistes après sa rencontre à la Maison Blanche avec le président américain Donald Trump, à l’ambassade du Brésil à Washington (États-Unis), le 7 mai 2026. REUTERS – Elizabeth Frantz

Lors d’un meeting organisé cette semaine par le Parti démocratique travailliste (PDT), allié de Lula, le président brésilien s’en pris directement au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, qu’il accuse de soutenir ouvertement son principal adversaire, le sénateur d’extrême droite Flávio Bolsonaro.

« Si le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, veut venir soutenir mon adversaire, qu’il vienne ! Qu’il monte son comité de campagne ! Nous, nous les battrons tous au nom de la défense de la démocratie au Brésil », a lancé Lula devant ses partisans.

Cette déclaration marque une évolution dans la stratégie de Lula qui devrait bientôt officialiser sa candidature pour un quatrième mandat. Jusqu’à présent, l’ancien syndicaliste et icône de la gauche latino-américaine dénonçait surtout les décisions de Donald Trump, notamment l’instauration de droits de douane supplémentaires de 25 % sur plusieurs produits brésiliens. Désormais, il personnalise ses attaques contre Marco Rubio, devenu, à ses yeux, le principal visage de l’offensive diplomatique américaine contre le Brésil.

Faire de la souveraineté un thème de campagne

Lula compte exploiter le fait que ces dernières semaines, les deux fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, Eduardo et Flávio Bolsonaro, ont été reçus à la Maison-Blanche. Le président brésilien ne cesse d’accuser Flávio Bolsonaro, qui doit être officiellement investi candidat ce samedi 25 juillet, de bénéficier d’un soutien politique venu de Washington.

Le président cherche ainsi à installer un nouveau récit de campagne : celui d’une élection opposant non seulement deux projets politiques, mais aussi un candidat brésilien à une puissance étrangère. À moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle prévu le 4 octobre, le thème de la souveraineté nationale occupe une place croissante dans son discours.

Cette stratégie intervient alors qu’une partie de l’opinion publique attribue au camp Bolsonaro une responsabilité dans la détérioration des relations avec Washington et dans les conséquences économiques des nouvelles taxes américaines.

Pourquoi Marco Rubio plutôt que Donald Trump ?

Le choix de Marco Rubio répond aussi à une logique diplomatique.

Depuis plusieurs mois, le secrétaire d’État américain multiplie les critiques contre la Cour suprême brésilienne, défend les sanctions prises par Washington contre certains responsables brésiliens et entretient des relations étroites avec les proches de Jair Bolsonaro. Il est devenu l’un des principaux interlocuteurs du camp bolsonariste aux États-Unis et l’un des plus fervents défenseurs de la ligne dure de l’administration Trump vis-à-vis du Brésil.

Mais, en concentrant ses attaques sur Marco Rubio, Lula peut dénoncer les pressions américaines sans s’en prendre frontalement à Donald Trump. Une prudence qui s’explique aussi par le calendrier politique : si Lula est réélu en octobre, il devra encore composer pendant deux ans avec le président américain.