Les Comores, le Burundi, la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Somalie et le Kenya sont visés par ce nouveau dispositif, qui vise à conditionner le versement de l’aide publique au développement (APD) de la France à un renforcement de la lutte contre l’immigration à Mayotte. Sébastien Lecornu a demandé au ministère des Affaires étrangères de formuler des propositions afin de commencer à le mettre en œuvre dès 2026, puis de manière plus structurelle en 2027.
Le Premier ministre a toutefois assuré que l’aide humanitaire directe ne serait pas remise en cause. Le principe consiste à moduler l’aide au développement en fonction de plusieurs critères : la lutte contre les passeurs, la délivrance de laissez-passer consulaires et le retour des étrangers en situation irrégulière. « Il est normal » de donner davantage « à un pays qui se donne du mal pour répondre à nos attentes en matière migratoire », a défendu Sébastien Lecornu.
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Insuffisant pour l’extrême droite, la gauche dénonce un «chantage»
La députée Liot de Mayotte, Estelle Youssouffa, a réagi, dénonçant de la « com’ politique » et promettant de voter à nouveau la censure du gouvernement. Elle rappelle que la conditionnalité de l’aide au développement existe « déjà dans les accords de 2019 avec les Comores », principal pays d’origine des migrants, et regrette l’absence de réponse à la demande des élus de démanteler le camp de Tsoundzou 2, où vivent dans la précarité plus d’un millier de demandeurs d’asile.
À l’approche de l’élection présidentielle française, l’immigration clandestine à Mayotte, qui cristallise la colère des Mahorais, revient dans le débat politique. La semaine dernière, Édouard Philippe proposait notamment de stopper l’enregistrement des demandes d’asile.
À La France insoumise, le député Thomas Portes accuse Sébastien Lecornu de reprendre les thématiques de l’extrême droite. « Le chantage à l’aide publique au développement est absolument inacceptable », dénonce-t-il, estimant que les personnes concernées fuient « la misère », « la faim », « les guerres » ou encore des « crises climatiques qui vont s’accélérer ». Pour le député, « tout cela ne fonctionne pas » et la réponse doit passer par « une politique d’accueil » et « une politique de diplomatie ».
À l’extrême droite, la mesure est également critiquée, mais parce qu’elle est jugée insuffisante. « Il n’est plus l’heure de conditionner l’aide publique au développement, mais de la supprimer », estime l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo. « C’est l’argent de notre peuple, c’est l’argent des Français et il en manque suffisamment », ajoute-t-elle.
Des ONG dénoncent l’instrumentalisation de l’aide
L’annonce ne surprend pas vraiment Matthieu Paris, chargé de plaidoyer à l’ONG CCFD-Terre Solidaire. « Cela fait trois ans maintenant que cette aide est devenue transactionnelle, sur le principe du « donnant-donnant », comme aux États-Unis », regrette-t-il.
Une situation regrettable pour les pays bénéficiaires de l’APD : « cette aide, censée être un outil de solidarité internationale, est encore utilisé pour des calculs politiques internes à la France, dénonce-t-il. Son efficatié deviendra moindre et elle n’aidera pas à l’autonomisation des pays qui en bénéficient ».
De son côté, Alan Anic, chargé de plaidoyer pour Solidarités International, ne croit pas que cette annonce puisse agir sur la lutte contre l’immigration et précise n’avoir « jamais remarqué d’inflexion des départs vers la France si on donne plus ou moins d’aides ». « Le but ici est d’utiliser l’APD comme une arme diplomatique », poursuit-il.