«Orion 26», un exercice majeur des forces armées françaises, pensé comme un signal stratégique

Des soldats français participent à un exercice militaire de grande envergure appelé «Orion», à Frontignan, dans le sud de la France, le 26 février 2023 (image d'illustration).
Des soldats français participent à un exercice militaire de grande envergure appelé «Orion», à Frontignan, dans le sud de la France, le 26 février 2023 (image d’illustration).AFP – SYLVAIN THOMAS

Le danger vient de l’Est et il se nomme Mercure. Cette nation expansionniste cherche à déstabiliser son voisin, Arnland, afin de maintenir son influence et de l’empêcher d’adhérer à l’Union européenne. Géographiquement Arnland est situé sur le territoire français, mais en filigrane de ce scénario se dessine l’Ukraine face à la Russie. Au cours de l’année 2025, Mercure a multiplié les actions hybrides et accru son soutien aux milices présentes sur le territoire d’Arnland. À la demande de cet allié, le 6 janvier 2026, la France prend la tête de la coalition Orion pour assurer sa défense et préserver l’équilibre européen. « Orion 26 » incarne cette montée en puissance de la guerre invisible à l’affrontement de haute intensité. Un exercice qui incarne ce que pourrait être, en version musclée, la coalition des volontaires pour l’Ukraine, dans l’hypothèse où Kiev sur le point de s’effondrer aurait besoin d’un renfort urgent.

Une carte des différents protagonistes à l'œuvre dans le scénario imaginé pour la mise en place de l'exercice ORION 26.
Une carte des différents protagonistes à l’œuvre dans le scénario imaginé pour la mise en place de l’exercice ORION 26.© Ministère des Armées

De mi-février à début mars, les forces françaises vont donc mener des opérations amphibies et aéroportées dans la région de Saint-Nazaire. Un exercice d’ouverture de théâtre qui rassemblera en terrain libre, 21 jours durant, plus de 10 000 hommes. Ceux de la 9e brigade d’infanterie de Marine et ceux de la 11e brigade parachutiste. Ils seront soutenus par la 4e brigade d’aérocombat, 350 véhicules et 400 drones. Pour la phase amphibie, la Marine nationale sera bien sûr présente avec le groupe aéronaval quant à l’armée de l’air, elle engagera une vingtaine de Rafale et deux systèmes de défense Sol-Air.

Au mois d’avril, l’exercice passera sous commandement de l’Otan et concernera le rôle de soutien de la France en tant que nation hôte, au profit des forces alliées appelées à transiter sur son territoire.

Calendrier du déroulement de l'exercice ORION 26.
Calendrier du déroulement de l’exercice ORION 26.© Ministère des Armées

Le vice-amiral Xavier de Véricourt commandant le centre expert du commandement interarmées présente à RFI l’exercice Orion 26. Entretien.

RFI : Quel est le scénario retenu d’Orion 26 ?

C’est un scénario qui est inspiré par un scénario de l’Otan, par un plan de l’Otan, un scénario d’exercice de l’Otan. Je ne vais pas vous révéler tous les secrets du scénario, parce que d’abord, il y a des choses confidentielles et puis aussi parce que ça va tout révéler aux joueurs de tous les partis. Donc ça va, ça va diminuer le piquant de l’exercice. Mais, en gros, on a un pays qui fait appel à une coalition, dont la nation-cadre et la France, et donc cette coalition intervient sous leadership français. Et ensuite la situation évolue et l’Otan intervient et il y a un transfert des forces et de l’opération sous commandement de l’Otan.

Un exercice qui commence en France et qui aura quatre phases, comment vont-elles s’articuler ?

Alors en fait, il a trois phases successives et puis une phase qui va couvrir l’ensemble du calendrier. Donc c’est une première phase qui se déroule en ce moment même, qui est une phase de planification. Donc, c’est du travail d’état-major. Ensuite, une phase dite sur le terrain, dans la coalition, et puis une dernière phase sur le terrain aussi, mais là sous commandement Otan. Et puis tout au long de cette frise temporelle, vous avez un volet de gestion interministériel de la crise pendant toute la durée de l’exercice qui consiste à, d’une part, gérer les rétroactions sur le territoire français alors que nos troupes sont censées être à l’étranger au profit de ce pays qui fait appel à la coalition, et puis aussi gestion du soutien qui transiterait par le territoire français.

Les moyens engagés lors de l'exercice ORION 26.
Les moyens engagés lors de l’exercice ORION 26.© Ministère des Armées

Avec Orion 26, les forces françaises vont donc passer d’un commandement national à un commandement plus large ?

Un commandement Otanien et c’est l’un des enjeux. Mais en fait, les enjeux d’« Orion 26 », ils sont multiples. Vous avez un enjeu d’entraînement, parce que si une armée ne s’entraîne pas, elle perd en compétence, elle perd en performance opérationnelle. Donc, il s’agit pour nous de rester au maximum de notre performance opérationnelle. Il y a également un enjeu de s’entrainer face à des menaces modernes dans des un contexte empreint d’innovation, donc on injecte de l’innovation. Il y a un enjeu aussi de validation des réformes que l’on a opérées dans notre organisation du commandement. Les enjeux sont donc multiples.

Passer d’un commandement français à un commandement Otan représente-il une difficulté ?

Cette articulation commandement français – commandement Otan, elle est connue puisque ce n’est pas le premier exercice que l’on fait dans ce contexte. Les forces françaises s’entraînent régulièrement dans des exercices de l’Otan. Ce sont des choses connues, mais malgré tout, il est bon de de pratiquer ces mécanismes, d’huiler régulièrement l’articulation pour que, le moment venu, si ça se passait en réel, ce soit le plus fluide possible.

Il s’agit de travailler l’interopérabilité avec nos alliés, quelles autres nations interviennent dans l’exercice ?

Elles sont nombreuses. Elles sont au nombre de 24. Donc il y a quatorze pays européens, trois pays asiatiques, trois pays du continent américain, deux pays du Moyen-Orient. Il y a nos alliés proches : Britanniques, Allemands, Italiens, Espagnols et je ne peux pas vous lister « à la Prévert » toute cette liste, mais les partenaires sont très nombreux.

Le groupe aéronaval, composé autour du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, est intégré à l’exercice ?

Tout à fait. Dans les opérations modernes, multi milieux, multi champs, on va chercher les moyens terrestres, aériens, maritimes, cyber. Afin de combiner les effets pour être le plus efficace possible et traiter les menaces qui se présentent à nous. Alors, le groupe aéronaval, effectivement, va contribuer à cet exercice.

L’influence est-elle un élément important d’« Orion 26 » ?

L’influence est un élément essentiel des opérations et elle a été prise en compte nativement dans le scénario que nous avons construit, et bien évidemment, dans les travaux de planification qui sont actuellement conduits pour ensuite être opérés à l’occasion de la phase suivante qui aura lieu au mois de février. C’est comme dans n’importe quelle compétition, il faut savoir surprendre l’adversaire. La guerre informationnelle a toujours été une composante essentielle des opérations. De tout temps, des espions ont contribué à faire gagner les troupes au sol.

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