
Ce lundi 5 janvier, les agriculteurs français ont fait part de leur intention de porter leurs « doléances » à Paris malgré l’interdiction de leurs convois de tracteurs par le gouvernement. Selon plusieurs arrêtés préfectoraux consultés par l’AFP, les mouvements et convois de tracteurs sont interdits dans la majeure partie de la France jusqu’au jeudi 8 janvier.
« On montera » porter les « doléances » des agriculteurs à Paris de façon « pacifique », « même si la moitié doit finir en garde à vue », a déclaré Bertrand Venteau, le président de la Coordination rurale (CR), le deuxième syndicat agricole français, à la sortie d’une réunion avec le Premier ministre Sebastien Lecornu ce lundi.
Alors que le gouvernement cherche à apaiser la colère du monde agricole pour s’épargner un troisième hiver de blocages, le chef du gouvernement va continuer à recevoir les représentants syndicaux de la profession ce mardi 6 janvier.
À l’origine de cette nouvelle fronde dans le monde agricole, il y a entre autre l’accord commercial entre l’UE et les pays du Mercosur dont la signature pourrait intervenir prochainement. Sur ce point, le calendrier va effectivement s’accélérer dans les prochains jours. Des sources parlementaires évoquent ainsi un possible vote vendredi 9 janvier par lequel la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, obtiendrait le feu vert des États membres. Dans la foulée, celle-ci pourrait ensuite s’envoler pour l’Amérique latine et officiellement signer le texte lundi 12 janvier, sans que cela ne soit confirmé à ce stade. Et si la France martèle toujours son opposition au traité à ce stade, la partie semble pour elle mal embarquée.
Mercredi 7 janvier, Annie Genevard participera elle à une réunion spéciale des 27 ministres européens de l’Agriculture où il sera également question de la Politique agricole commune (PAC) sur laquelle Paris demande un geste pour garantir le revenu de ses agriculteurs, comme pour compenser une probable défaite sur le Mercosur.
Produits contaminés par les pesticides
Pour lâcher un peu de lest et tenter de calmer la grogne, Sébastien Lecornu, a par ailleurs annoncé, dimanche 4 janvier, que la France allait bloquer l’importation de produits contaminés à certains pesticides interdits en France en provenance d’Amérique latine.
Ancienne requête des agriculteurs français, cette décision satisfait en partie Christophe Grison, céréalier en Ile-de-France : « On fait la même chose avec le sucre ukrainien et avec des céréales d’origine argentine. Là, on a répertorié quelques légumes et fruits, mais on pourrait aller beaucoup plus loin, ce pourrait être beaucoup plus drastique ».
Si Paris doit encore obtenir le feu vert de la Commission européenne pour pouvoir la mettre en oeuvre, sa mise sur pied laisse au demeurant perplexe. « Dans certains supermarchés, on retrouvera quand même des produits d’origine étrangère. Pour moi, c’est vraiment un effet d’annonce. On met des rustines sur des petits problèmes, mais on n’a pas une vraie vision agricole à dix ans », estime toutefois Christophe Grison.
Dermatose nodulaire
En plus du traité de libre-échange du Mercosur, la gestion controversée de l’épidémie de dermatose nodulaire et la mise en place depuis le 1er janvier d’une taxe carbone aux frontières sur les engrais azotés sont autant de mesures qui fragilisent une agriculture déjà exsangue et qui attise la colère du secteur.
« Je vous rappelle que ça fait quand même trois ans de suite que les producteurs de blé français vendent à perte. Il faudrait qu’on vende notre blé entre 210 et 230 euros la tonne selon les régions. Or actuellement, on le vend à 160 euros la tonne, ce qui signifie que je perds entre 400 et 500 euros à l’hectare. Je peux dire que mon ami le banquier commence à me regarder de travers. Donc oui, je suis quand même inquiet », appuie encore Christophe Grison. Une inquiétude que partage l’ensemble des agriculteurs, tous syndicats confondus.
C’est une grande mascarade. C’est bien que le gouvernement se soucie des agriculteurs, mais est-ce que la France pèse encore ?